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Une autre manière d’enseigner les langues

4 Sep 2017

En quoi les langues étrangères sont elles une matière spécifique à enseigner/ à apprendre ?

 

Je me suis posée cette question car j’ai moi-même éprouvée plus de difficulté à l’école dans ces matières que dans d’autres.

 

 

Je continue à m’interroger sur le sujet car suite à mes expériences à l’étranger, je me suis rendue compte que je pouvais très vite apprendre à communiquer dans une langue étrangère.

 

La seule langue que je n’ai pas étudiée à l’école, avec des conditions de vie qui facilitaient la pratique, je l’ai apprise en 6 mois. D’abord j’évoluais beaucoup dans un groupe d’amis hispanophone et ensuite j’ai vécu un mois et demi, l’été, dans une famille espagnole. Quand je dis apprise, je ne veux pas dire que j’étais devenue bilingue mais à la rentrée j’ai fait un test de niveau et selon mes résultats, j’étais approximativement niveau B2. C’est à dire que j’étais une utilisatrice indépendante de la langue. Ensuite, l’apprentissage était beaucoup plus facile, vu que j’avais la possibilité de communiquer avec des natifs et donc d’approfondir mon vocabulaire ou de me pencher sur la grammaire avec intérêt.

 

Bizarre…

 

J’ai commencé l’anglais en 6ème, à l’âge de 11 ans et je n’ai pas arrêté d’étudier cette matière, avec plus ou moins d’intérêt certes, jusqu’à mes 21 ans. Après 10 ans de cours, je n’étais pas encore une utilisatrice indépendante de la langue alors que j’avais même fait le pari de l’immersion en partant à quelques séjours linguistiques pendant mon adolescence. En anglais en plus de ne pas pouvoir communiquer dans cette langue, j’avais hérité de bons petits traumatismes qui même à l’âge adulte m’ont fait revenir dans la coquille de petite fille qui perd ces moyens dans certaines situations. Un double travail donc pour compenser l’influence de certains mauvais professeurs que j’avais côtoyé mais surtout une méthode qui n’était pas adapté aux spécificités de cet objet d’étude.

 

1) La clef du savoir : la confiance

 

La confiance est une variable qui est essentiel pour tout apprentissage. Si on n’est pas convaincue qu’on est capable d’apprendre les maths, l’histoire ou l’anglais, aucune chance que ça marche. L’apprenant doit évoluer en toute tranquillité avec sa progression, ce ne doit pas être un objet de peur ou d’angoisse. Personnellement, j’ai le souvenir de me cacher derrière mon cartable pour ne pas être interrogée à l’oral en langue à l’école.

 

Pour permettre aux apprenants d’évoluer en toute confiance dans la classe et de ne pas se sentir jugé, d’avoir l’espace de pratique, de progression et non de notation, il est indispensable de le poser comme objectif pédagogique. Ce n’est pas un plus, c’est le premier levier de l’apprentissage des langues.

 

Pour cela, plusieurs sous-objectifs :

 

- Créer un climat convivial entre les élèves (et aussi avec le formateur/ professeur bien sûre) pour qu’ils puissent se soutenir, s’encourager mais aussi s’expliquer ce qu’ils ne comprennent pas entre eux

- Travailler les compétences savoir-faire de communication à l’oral (compréhension et dialogue) grâce à des exercices ludiques (jeux/ théâtre)

 

2) Comment créer un climat convivial dans le groupe ?

 

Il serait dommage de se priver de l’aide de tous les co-facilitateurs présent dans le groupe classe. Chaque élève est apprenant mais peut aussi être un relais d’explication pour les autres.

Je pense sincèrement que plus on devient expert dans une matière, plus c’est difficile de l’expliquer à des débutants avec le cœur car on a tout simplement oublié ce que c’est de ne pas savoir, oublier les méthodes qu’on a nous mêmes utilisé pour apprendre. Ce propos est à tempérer par l’expérience des difficultés de ses apprenants pour un formateur à l’écoute mais cela correspond à une observation et non à un souvenir de sa propre expérimentation.

 

Quoi de mieux donc après avoir explicité une consigne que de demander à un autre élève de la reformuler avec ses mots.

D’abord, ça permet de donner deux fois plus de chances aux apprenants de comprendre la consigne tout en leur offrant un autre regard sur la présentation de l’exercice grâce à quelqu'un qui s'exprime avec le même vocabulaire qu'eux. Enfin pour la personne qui reformule c’est un vrai exercice de transmission qui lui donne l’opportunité de grimper en compétence dans ce domaine aussi.

 

Créer un climat convivial dans la classe, c’est aussi travailler à ce que les élèves se connaissent, échangent en duo et en petits groupes. La plupart des exercices oraux n’ont pas besoin de se faire devant toute la classe à moins que le professeur/ formateur veuille développer la compétence « prise de parole en public ». C’est bien là la difficulté de prendre la parole en cours de langue ; ce n’est déjà pas facile pour la majorité des gens de prendre la parole devant un groupe alors si en plus ça doit être dans une langue étrangère, tout en sachant que l’on est jugé/ noté sur notre prestation, on crée le climat parfait de perte de moyens pour une personne normale.

 

Si on utilise l’oral devant le grand groupe en classe, c’est pour permettre la correction du professeur. Or rien de mieux que de s’exprimer sans être coupé et de se rendre compte soi-même au fil des échanges en classes dans la langue ciblée, de ses propres erreurs. Une fois que la confiance est installée rien n’empêche des échanges en duo avec le professeur pour faire un point sur les objectifs de progression.

 

3) Donner un éclairage spécifique à la prise de parole en public

 

Et si les cours de langue étaient l’occasion de combattre nos démons de la timidité. Comme on l’a vu précédemment, cet apprentissage vient souvent réveiller notre propre peur de nous exprimer à l’oral. Handicap très français d’ailleurs par la structuration de l’enseignement. En Angleterre par exemple, les élèves sont encouragés à s’exprimer, à donner leur avis sur un sujet en classe.

 

Dans mes cours, je dédie une bonne partie du temps pour accompagner les apprenants dans les savoir-faire/ être de la langue.

Par exemple :

 

- être confiant pour parler devant un petit groupe

- construire des périphrases afin de substituer une expression à un mot de vocabulaire qu’ils ne connaissent pas dans la langue ciblée

 

Pour cela j’utilise beaucoup le théâtre d’improvisation.

 

Je vais illustrer les deux exemples de savoir-faire que je viens de donner par l’activité spécifique que j’utilise pour stimuler les élèves.

 

a) Faire confiance en sa faculté d’improvisation pour parler devant un groupe

 

Pour stimuler cette compétence, j’utilise l’exercice du « Grand oral », transmis par ma collègue Marie Fromont qui travaille justement sur la prise de parole en public.

Les élèves écrivent n’importe quel sujet sur un papier, ça peut aussi bien être « la pomme », « le lancer de fer-à-repasser » ou « la couleur rouge ». Peu importe l’idée qui leur passe par la tête, il l’écrive et non évidemment pas besoin d’être un expert du sujet.

Le facilitateur réunit tous les papiers avec les thèmes des participants.

Ensuite chacun à son tour va piocher un thème au hasard et devra se comporter comme s’il était un expert du sujet en présentant d’abord son thème en 30 secondes puis en répondant aux questions du public. Cet exercice permet de travailler la confiance à l’oral des élèves devant un groupe mais aussi de leur montrer qu’ils peuvent avoir confiance en leur capacité d’improvisation. Bien souvent ils sont obligés d’inventer des réponses tout en se montrant toujours confiant devant les autres.

 

b) Développer une boite à outils pour s’exprimer de différentes façons

 

Pendant mes cours de français, je demande aux élèves de ne parler qu’en français. Ainsi si un élève ne comprend pas un mot, les autres ne peuvent pas donner une traduction mais doivent expliquer en français ce que cela veut dire. Cette consigne leur pose souvent problème. Ils ne trouvent pas les mots pour expliquer et se trouvent souvent bloqués.

Pour remédier à cela, je travaille à développer leur capacité à périphraser ce qu’ils veulent dire mais aussi, trouver les mots justes et développer leur communication corporelle.

Le meilleur exercice que j’ai trouvé pour concourir à ces trois objectifs en même temps, c’est le Time’s up. Je l’utilise en début de cours pour réviser les mots de vocabulaire de la leçon précédente. Les apprenants écrivent eux-mêmes les nouveaux mots dont ils se rappellent sur des petits papiers. Je vérifie juste qu’il n’y ait pas les mêmes mots écris plusieurs fois.

Ensuite, les stagiaires passent un par un pour faire deviner le plus de mots possibles en 1m30 au reste de la classe. C’est aussi un exercice de confiance car ils doivent s’exprimer devant toute la classe mais en général l’envie de gagner et le côté ludique du jeu, leur fait oublier l’exercice oral.

Pendant le premier tour, ils peuvent utiliser tous les mots (en français) pour faire deviner leur papier (à part les mots de la même famille). Puis au second tour, on réutilise les mêmes mots et les volontaires ne peuvent utiliser qu’un seul terme pour les faire deviner. Enfin, au troisième tour, on utilise toujours les mêmes mots mais cette fois-ci, les volontaires doivent mimer.

En début de cours, j’alterne soit un Time’s up, soit un Pictionnary, soit un Taboo (plutôt en fin de cycle car je fais construire les cartes aux élèves). Ces exercices ont beaucoup de vertu, à part de créer une ambiance conviviale, ils me permettent de stimuler la mémoire des apprenants tout en travaillant sur des compétences savoir-faire clefs pour l’apprentissage des langues.

 

J’espère que ces quelques idées, vous inspireront pour développer vos propres cours ou pour faire évoluer vos objectifs pédagogiques si vous êtes dans une situation d’apprentissage d’une langue.

 

Je vous encourage à commenter cet article si vous avez des questions sur les méthodes ou si vous voulez nous faire part de votre propre expérience en tant que pédagogue dans les langues étrangères.

 

Hélène

 

B2 : "Peut comprendre le contenu essentiel de sujets concrets ou abstraits dans un texte complexe, y compris une discussion technique dans sa spécialité. Peut communiquer avec un degré de spontanéité et d'aisance tel qu'une conversation avec un locuteur natif ne comportant de tension ni pour l'un ni pour l'autre. Peut s'exprimer de façon claire et détaillée sur une grande gamme de sujets, émettre un avis sur un sujet d’actualité et exposer les avantages et les inconvénients de différentes possibilités. Source : http://www.france-langue.fr/page/niveaux-de-francais-"

 

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