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Apprendre à s’ennuyer

30 Jan 2019

Un trajet de RER : je suis tentée de regarder mon Smartphone au lieu de regarder par la fenêtre défiler le paysage.
« Génial, le Wi-fi arrive dans le TGV. Je peux travailler maintenant. » Ma mère m’a toujours dit que les trains créaient une bulle toute particulière où l’on pouvait rencontrer des gens très différents de nous et avoir des échanges uniques car à l’arrivée, nous redevenons des étrangers. « Depuis combien de temps je n’ai pas discuté avec quelqu’un dans un train? Ou simplement rêvé infiniment devant le paysage au point de m’ennuyer, de sentir le temps passer? »

 

Pour une formation que j'animais pour Médial (le réseau qui accompagne les personnels de bibliothèque de la région Grand Est), je me suis documentée sur les effets du numérique et les conséquences sur l’évolution du public étudiant. Je me suis rendue compte que la technologie nous a permis d’améliorer considérablement notre efficacité en réduisant notamment les temps de pause.

A force de densifier le cerveau, on n’a plus l’espace de rêver.

 

 1)    Mes premiers ennuis
Nous sommes dans une société où l’activité est très valorisée. On inscrit les enfants pour qu’ils fassent du sport le mardi, de la musique le mercredi et de l’anglais le vendredi. Jusqu’au lycée, en général, les agendas sont bien remplis. En Espagne, à chaque fois que je parle de l’éducation en France, mes interlocuteurs sont très étonnés d’entendre que les enfants « suivent des horaires de bureau dès leur 6 ans ».

 

Arrivée à l’université, je n’ai plus su quoi faire en septembre. Mois où tout le monde est rentré de vacances et où les semaines de congés d'été m'avaient déjà reposées. J’ai tout essayé : les vendanges, l’animation pendant les heures de cantines, d’étude et des centres de loisirs, le sport, les sorties… mais globalement je manquais de sens. Cerise sur le gâteau après un mois d’études passionnantes en bi-licence d’histoire et de sciences politiques, certains étudiants de la fac bloquent l'accès pendant trois mois pour manifester contre les réformes du gouvernement. Nous n’avons plus aucun cours et comme je n’avais pas encore d’amis dans cette usine à apprendre, je m’ennuie… Je décide de remettre en place mes ressources de lutte contre l’ennui. Je m’arme de baby-sitting, de séances de piscine et d’animation de centre de loisirs le mercredi mais ce n’est pas facile de s’engager quelque part quand à tout moment les cours peuvent reprendre.

Finalement, l'université réouvre ses portes puis s'arrête au bout de quelques mois pour la coupure d'été. Je comprends qu’il faut que je développe mes propres projets à côté car je ne me sentirai jamais vraiment investie. Je m’engage comme responsable du groupe des scouts où j’ai grandi, je participe à un projet de création de journal et je prépare des voyages…

La fac est bloquée trois autres mois en troisième années mais déjà j’ai des amis et suis armée d’expériences ; le temps passe mieux.

2) L’ennui profond
Suite à ma licence, je décide de partir enseigner le français en Italie. J’arrive à Bologne fin septembre où je vais commencer à travailler en tant qu’assistante de français dans un lycée. 12 heures de cours avec plusieurs classes différentes mais beaucoup de préparation j’imagine. En fait pas tellement, en fonction des professeurs avec qui je collabore, j’ai plus ou moins de responsabilité mais en général je n’ai pas besoin de passer du temps au lycée en dehors de mes heures d’enseignement. De temps en temps des cours s’annulent mais aucun ne se rajoutent.

Je revois cette fenêtre où les gouttes de pluie s’écrasent devant moi dans la chambre que j’occupais chez le coach-surfeur où j’habite les premiers jours. Sentiment de grande solitude, personne ne me connait dans cette ville… Sentiment d’ennui profond, je ne sais pas par quoi commencer pour m’occuper.

Je suis retombée sur les courriels que j’écrivais à cette époque. Tentatives infinies de contacter des associations pour faire du bénévolat, recherche de cours de peinture, de club de sport. Je suis impressionnée par les efforts que j’ai déployé pour me sortir de ce lac de tranquillité.

J’ai trouvé mon rythme et c’est aussi l’année où j’ai le plus appris. J’ai rencontré une partie des personnes qui aujourd’hui comptent le plus pour moi, appris l’italien, l’espagnol et perfectionné mon anglais.

3) Et si on laissait sa chance à l’ennui?
Récemment je me suis interrogée sur cette étonnante constance de l’ennui dans ma vie. Malgré le fait que j’adore faire pleins de choses, j’ai toujours eu des grands moments de vide qui m’ont confronté à mes démons, m’ont obligé à construire mes propres projets, à aller puiser de nouvelles ressources ou développer des compétences.

Quand je vois la difficulté de certaines personnes à passer à la retraite, je me rends compte que l’ennui est un des facteurs de développement de la résilience. Si tout est fléché, on ne se donne pas la possibilité de réitérer ou de chercher sa voie avant d’y arriver.

Tout ça pour célébrer l’ennui et essayer de s’y reconnecter plus souvent, en regardant par la fenêtre du RER ou en allant se promener sans musique dans les oreilles.

Et vous, l’ennui vous a t-il déjà déstabilisé? Comment avez-vous fait pour vous en sortir?

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